Annus horribilis pour l’apiculture française : une production de miel historiquement faible et un risque de mortalité hivernale importante
 

Communiqué de presse diffusé le 25/08/2021


 

Comme tous les ans, la fin de l’été coïncide avec le premier bilan de la saison apicole. 2021 restera dans les annales avec une production marginale, à peine le tiers de la production habituelle moyenne. L’explication est simple : une météo particulièrement mauvaise qui a engendré une floraison limitée. Après un hiver très doux, le développement des ruches a été très précoce. Le retour brutal du froid au printemps a interrompu la disponibilité d’une ressource satisfaisante en pollen et en nectar et conduit les colonies à puiser dans leurs réserves tout en freinant leur développement. La situation a été moins dramatique pour les ruches situées à proximité de colza. En outre, des phénomènes d’essaimages massifs ont pu être observés sur l’ensemble des bassins de production. La floraison estivale s’est accompagnée de conditions météorologiques désastreuses avec des précipitations et des températures trop basses pour faire de bonnes miellées. Les quelques jours où les abeilles pouvaient récolter en juillet et en août se sont révélés bien insuffisants pour assurer le développement des colonies et la production de miel. De nombreux apiculteurs ont même dû se résoudre à nourrir leurs ruches pendant l’été, ce qui est tout à fait exceptionnel. Faute de trésorerie et de stock de miel suffisant, les jeunes apiculteurs professionnels vont avoir de grosses difficultés à maintenir leurs exploitations.

 

Soutenir le colza pour sauver l’apiculture et le service de la pollinisation

A l’heure où les agriculteurs sèment le colza, les apiculteurs en appellent au Gouvernement et au monde agricole pour soutenir cette culture qui joue un rôle majeur dans l’économie apicole. En effet, la floraison du colza apporte pollen et nectar en début de saison et permet aux colonies de se développer pour être parfaitement productives sur des cultures estivales comme le tournesol, la lavande ou la luzerne. Hélas, les surfaces de colza connaissent une diminution inquiétante. Depuis 4 ans, les surfaces sont passées de 1,5 million à 977.000 hectares. Dans certains bassins comme la Lorraine, la baisse est de 55%. Face aux difficultés d’implantation consécutives à 3 années de sécheresse au moment des semis et de gestion des bio-agresseurs du colza, les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le tournesol. Bien que mellifère, ce dernier ne remplace pas pour autant le colza car les colonies ont besoin de ressources importantes et de qualité en début de saison. La tendance à la baisse des surfaces de colza est source d’une grande angoisse chez les apiculteurs. Pour redresser la barre, les producteurs doivent avoir accès aux moyens de production et de protection du colza, en particulier face aux ravageurs comme la grosse altise ou encore le charançon du bourgeon terminal. C’est ce qui permettra de retrouver au plus vite les surfaces historiques.

 

Vers une hécatombe hivernale dans les ruches

La douceur de l’hiver, la stimulation précoce des ruches dès la sortie d’hiver favorable au développement du parasitisme, les précipitations importantes, les températures moyennes enregistrées au cours de l’été et des réserves de miel très limitées sont autant de facteurs de risque pour l’hivernage des colonies. Le développement des parasites comme le Varroa et le Nosema ceranae risque de provoquer d’importantes mortalités au sein de colonies peu développées et mal nourries depuis des semaines. Le nourrissement à base de pâte protéinée sera insuffisant pour faire face à ces carences alimentaires profondes et à l’affaiblissement de la défense immunitaire qu’elles engendrent chez les abeilles.

 

« La situation de l’apiculture française est dramatique. On a hélas pour habitude de dénoncer en fin de saison apicole des situations difficiles depuis longtemps, mais l’année 2021 est historique en terme de gravité. C’est véritablement une annus horribilis. La production de miel est dérisoire, les colonies sont affaiblies et l’hiver s’annonce très difficile. L’avenir de beaucoup d’exploitations professionnelles est sombre. A l’exception de quelques micro-bassins de production, les apiculteurs pluri-actifs et amateurs sont dans une situation encore plus désastreuse » s’inquiète Philippe Lecompte, apiculteur professionnel bio et Président du Réseau Biodiversité pour les Abeilles. « Nous en appelons au Gouvernement pour débloquer un plan d’aide en urgence pour les apiculteurs. L’aide directe à travers la MAEC pollinisation doit s’appliquer partout et pour tous les apiculteurs. Un plan de soutien au colza est également urgent pour soutenir la filière et assurer aux abeilles un meilleur début de saison » poursuit-il.

 

 

Contact presse : Pierre Testu

Tel : 07 67 26 31 44 – testu@asso-rba.fr

 



 



 

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